Les incendies de forêt sont des phénomènes naturels et anthropiques qui peuvent avoir des effets dévastateurs sur l’environnement, la biodiversité et la société. Depuis plusieurs décennies, on observe une augmentation du risque d’incendie exacerbée par le contexte actuel de réchauffement climatique. Aujourd’hui, on observe des vagues de chaleur plus fréquentes et une augmentation des températures, ce qui impacte les risques de feux de forêts en créant des conditions propices aux incendies. En outre, le réchauffement climatique entraîne une dégradation de l’état sanitaire des forêts, créant du bois mort et des houppiers moins denses, favorables au départ et à la propagation de feux. Ces incendies à leur tour augmentent les émissions de carbone et renforcent malheureusement ainsi le risque d’incendie (ce phénomène est appelé boucle de rétroaction climatique).

Il est estimé que les feux de forêt sont de plus en plus étendus et ont quasiment doublé en surface sur la planète en 20 ans. Un quart des pertes du couvert arboré au cours de ces 20 dernières années est dû aux incendies. En France, l’année 2022 se distingue par l’importance du nombre, de l’intensité et des surfaces boisées incendiées, ainsi que par la généralisation des incendies de forêt sur l’ensemble du territoire national. La région Centre-Val de Loire n’y a pas échappé, avec une surface de végétation brûlée estimée à 2 000 hectares (l’équivalent de 3 000 terrains de foot).
I. Les causes
Pour qu’il y ait un feu, trois facteurs – appelés le triangle de feu – doivent être réunis :
- une source de chaleur pour allumer le feu (par exemple, la foudre, des feux de camp, des mégots de cigarettes ou le soleil);
- un combustible (n’importe quel matériau pouvant brûler);
- de l’oxygène (21% de la composition de l’air)
Bien qu’ils soient considérés comme des perturbations naturelles, seuls 10 % des incendies de forêt sont d’origine naturelle (foudre, volcans). Ces derniers se déclenchent généralement en période de sécheresse lorsque la végétation déshydratée devient très inflammable. En France métropolitaine, 90% des départs de feux restants sont donc d’origine humaine, en lien avec des activités économiques en forêt (ex: chantiers sylvicoles) ou non (ex: mégots de cigarettes, barbecues, actes de malveillance).
II. Les conséquences
Les feux de forêts ont des répercussions multiples et durables sur les écosystèmes et notre société. Les conséquences des feux de forêt sont de plus en plus médiatisées et sont entrées progressivement dans la conscience collective.
Conséquences environnementales
Bien qu’ils soient perçus comme destructeurs, il ne faut pas oublier que les feux de forêt naturels jouent un rôle essentiel dans la dynamique de nombreux environnements. En effet, certains écosystèmes dépendent des incendies pour leur régénération et leur maintien. Par exemple, la chaleur des flammes peut déclencher la germination de certaines graines, telles que celles du pin d’Alep, pour s’ouvrir et se développer. Il existe des espèces appelées pyrophytes et pyrophyles qui vont supporter ces feux de forêt et même prospérer. De plus, les cendres permettent l’enrichissement du sol en nutriments, ce qui favorise la croissance de nouvelles plantes. La régénération qui se met en place suite à un feu de forêt va créer de nouveaux habitats pour la faune et peut accroître la biodiversité. Certaines espèces d’insectes (notamment des coléoptères) sont attirés par les odeurs de fumée et pondent exclusivement sur les arbres affaiblis ou brûlés par le feu, dont se nourrissent leurs larves.
Les incendies de forêt peuvent entraîner une mortalité massive parmi les animaux. Lorsqu’un incendie se déclenche, de nombreuses espèces ne peuvent échapper aux flammes, en particulier celles qui se déplacent lentement, mais pas seulement : les oiseaux, par exemple, n’ont pas nécessairement le réflexe de s’éloigner en hauteur. De plus, la fumée et la chaleur dégagés par les feux peuvent provoquer de graves problèmes respiratoires chez les animaux. À plus long terme, la biodiversité forestière souffre de la perte d’habitat : privés de ressources, les espèces voient leurs effectifs se réduire (par mortalité ou émigration des individus) jusqu’à ce qu’un nouveau couvert forestier se mette en place. La disparition de ces espèces déséquilibre les écosystèmes et perturbe les chaînes alimentaires. Les feux de forêt peuvent parfois favoriser la colonisation d’espèces envahissantes. Les cendres et les débris contaminent les cours d’eau, affectant la qualité de l’eau et menaçant la survie des organismes aquatiques.
Par ailleurs, de grandes quantités de CO2 sont libérées dans l’atmosphère lorsqu’une forêt brûle, et leur capacité à absorber le CO2 est fortement diminuée durant plusieurs décennies, contribuant ainsi au réchauffement climatique. En outre, la perte de végétation laisse le sol exposé à l’érosion par le vent et l’eau, provoquant le comblement des cours d’eau et affectant la qualité de l’eau. Ainsi, les feux de forêt provoquent des dégâts environnementaux complexes et souvent interconnectés.

Conséquences pour l’Homme
Les pertes matérielles causées par les feux de forêt peuvent être considérables. Certains secteurs, comme la foresterie, bien sûr mais aussi le tourisme ou l’agriculture, perdent une part importante de leurs revenus. Les coûts de réhabilitation des terres et de soutien aux personnes déplacées, mais aussi de lutte contre les incendies, font encore enfler la facture.

Sur le plan humain, les incendies de forêts provoquent des centaines de morts et des milliers de blessés chaque année dans le monde. Ils peuvent provoquer l’évacuation en urgence de villes entières. Par ailleurs, les feux de forêt ont des impacts sur la santé publique. La fumée et les particules en suspension libérées par les incendies peuvent causer des problèmes respiratoires et cardiovasculaires, en particulier chez les personnes vulnérables. Ces polluants peuvent se propager sur de vastes distances, et affecter des régions éloignées des foyers d’incendie et compromettre la qualité de l’eau.
III. La prévention et la lutte contre les incendies
Bien qu’il n’existe pas de solutions miracles, la prévention et la lutte contre les feux de forêt nécessitent de combiner de multiples approches telles que la gestion de la végétation, l’éducation ces citoyens et des usagers de la forêt, la surveillance, les interventions terrestres et aériennes.
La prévention

La prévention des incendies de forêt repose sur une combinaison d’actions dont les deux principaux objectifs sont de réduire le risque de départ de feu et de ralentir sa propagation. Plus on intervient tôt après le départ du feu, plus on a de chances de l’éteindre et d’en limiter les dégâts. L’élagage des arbres, le débroussaillement et la création de coupe-feu (zones dénudées d’arbres et d’arbustes) constituent des pratiques et des aménagements clés de la prévention. Parfois même, les pompiers procèdent à des brûlages contrôlés où de petites zones de végétation sont délibérément incendiées pour réduire la quantité de matières inflammables. Lors de périodes particulièrement sensibles, les autorités peuvent mettre en place des restrictions sur les activités (par exemple : interdiction de faire des feux et restriction des accès aux zones forestières).
De plus, des tours de guet permettent de repérer rapidement les fumées dégagées par un incendie. Les drones, et dans une moindre mesure les satellites complètent le dispositif de surveillance en période de risque élevé. Puisque la majorité des incendies de forêt sont d’origine humaine, il est essentiel de sensibiliser le public aux bonnes pratiques et aux bons réflexes pour empêcher le départ des feux accidentels. Des cartes de prévision des conditions favorables à la propagation des feux permettent aux autorités de préparer des réponses appropriées. En effet, la surveillance des forêts s’effectue notamment grâce aux données météorologiques de Météo-France. Il existe des cartes météo des forêts journalières concernant le risque d’incendie, regroupant celles éditées par les préfectures départementales et celles de de Météo-France). Des recommandations ont notamment été faites dans des rapports de missions interministérielles sur la politique de prévention et de lutte contre l’incendie de forêt à court ou long terme. En région Centre-Val de Loire, il existe aussi un atlas régional des feux de forêt pour identifier les massifs les plus sensibles aux incendies (voir aussi le document du CNPF sur les enjeux en CVL).
La gestion des feux
La gestion des feux de forêt peut être complexe selon le contexte et divers facteurs – tels que la topographie du lieu, l’étendue du foyer, l’origine ou encore la vitesse de progression. La lutte contre les incendies de forêt nécessite une réponse la plus rapide possible et l’intervention repose alors sur la mobilisation prévisionnelle des moyens de lutte. Les services départementaux d’incendies et de secours (SDIS) estiment ainsi quotidiennement un niveau de risque qui va ensuite déterminer les moyens (humains et matériels) et le niveau de surveillance mis en place. L’efficacité du dispositif de réponse aux incendies repose principalement sur une détection précoce pour pouvoir coordonner efficacement la réponse et engager rapidement des ressources spécialisées. Cette surveillance peut notamment se faire grâce à la mobilisation de professionnels et de bénévoles mobilisés sur le terrain. Par ailleurs, des innovations technologiques permettent la mise en place de systèmes d’alerte précoce et de modèles de prévision des incendies. Les moyens aériens jouent notamment un rôle essentiel dans la stratégie d’attaque des feux naissants à travers le guet aérien armé (GAAR), qui consiste à faire le survol des secteurs à risque pour effectuer des largages sur les débuts de feu. Les drones commencent également à être utilisés afin de confirmer la présence d’un départ de feu, de guider et superviser l’action des moyens terrestres, rechercher la présence de points chauds, évaluer le volume et l’étendue du sinistre ou encore réaliser des images 3D.

Les avions et hélicoptères bombardiers sont déployés pour larguer de l’eau et des retardants sur les zones les plus inaccessibles, tandis qu’au sol les pompiers forestiers interviennent directement pour contenir et éteindre les feux. La méthode la plus classique de lutte contre les incendies au sol utilisée par les pompiers consiste à éteindre les incendies en pulvérisant de l’eau ou des produits ignifuges. Cette phase peut se poursuivre plusieurs jours après la fin de l’incendie car le feu peut couver longtemps dans le sol (en particulier dans les tourbières). Il est également possible de créer des pare-feu (ex. : avec des bulldozers, en faisant une coupe ou un brûlage tactique) pour retirer les débris inflammables et ralentir la propagation des incendies. La coopération entre les différents services est essentielle pour organiser et optimiser les ressources et stratégies d’intervention efficaces. En cas d’incendie d’ampleur majeure, une coopération internationale est souvent nécessaire et mise en place.
La gestion des forêts après les feux
La gestion forestière après un feu de forêt est une étape cruciale pour restaurer les écosystèmes endommagés et prévenir de futurs incendies. La restauration forestière prend du temps et ne doit pas être faite dans la précipitation.
Dans un premier temps, il va généralement y avoir une étape d’évaluation des dégâts et d’étude de restauration en faisant appel à des experts pour déterminer ce qui ce qui est le plus pertinent de mettre en place. Il peut également y avoir une phase de sécurisation de la forêt où il est parfois nécessaire de nettoyer (comme des arbres, des débris, …) pour éviter les départs de feu secondaire, ou de mettre en œuvre des actions de stabilisation des sols pour prévenir leur érosion et les glissements de terrain (par exemple : installation de barrières).

Le plus souvent dans le cas où les forêts sont relativement résilientes au feu (en région méditerranéenne), les forestiers laissent la forêt se régénérer naturellement. Lorsque la régénération est difficile ou que le forestier souhaite privilégier d’autres essences, le renouvellement forestier se fait par plantation. Dans ces cas, la question de la diversification des espèces d’arbres se pose et les forestiers peuvent choisir des espèces plus résistantes aux incendies ou moins inflammables. La surveillance à long terme permet de vérifier que la restauration est un succès ou nécessite d’autres interventions.